Chronique birmane… point de vue de Mélanie!

Visiter le Myanmar, c’est découvrir des gens vraiment accueillants et sympathiques. Ils s’appellent Tun-Tun, Ywan-Ywan, Mu-Mu, Quan-Quan et Chon-Chon. Il y a même des Mi-Mi et des Lu-Lu! Ils seraient environ 55 millions a avoir vécu isolés du reste du monde si longtemps. Ils n’ont pas de noms de famille.Ils s’appellent entre eux à la manière du Québec d’il y a quelques temps déjà: Linda à Ernest à Ti-blanc de Chicoutimi! À la Myanmar, ça donne donc: Mou-Mou du restaurant à côté du poste de police de Bagan! Quand ils sont trop nombreux, en ville notamment, ils se font attribuer un numéro.

Ce qu’ils ont tous en commun, c’est leur sourire authentique! Ils sont intéressés à savoir d’où on vient bien sûr, c’est leur première question (« Canéda… ah! cold! »), mais ils sont aussi intéressés à découvrir qui on est. On a ressenti très peu de pression pour qu’on leur achète quoique ce soit. Ils sont là, pour nous aider, tout le temps. Ça a fait du bien après Bangkok où on semble avoir l’étiquette $$$ dans le front.

Heureusement qu’il y a cette ambiance sympa et accueillante car tout n’est pas rose. Difficile de côtoyer d’aussi près la pauvreté, de voir des enfants qui travaillent, les femmes qui marchent des kilomètres pour aller vendre leurs arachides au marché, les hommes qui chiquent leur feuille de bétel et qui surtout recrachent ce jus rouge un peu partout. J’ai eu plusieurs flashbacks de « La petite maison dans la prairie »!

Ce mois au Myanmar fut mémorable. Voici donc mes coups de coeur et quelques cocasseries qui me font encore bien rigoler.

Coups de coeur (dans le désordre):

  • La rencontre de la famille Tun-Tun, près du Lac Inle. Les deux enfants, de l’âge des nôtres, ont partagé leurs repas avec Emma et Théo. Leur papa, Tun-Tun, excellent cuisinier ayant étudié en Angleterre, leur préparait des légumes tempura et des oeufs de cailles. La maman nous a raconté ses premières manifestations auprès d’Aung San Suu Kyi dans les années 80, photos à l’appui.
Présentation d'Aung San Suu Kyi par notre hôtesse à Inle, militante depuis les  débuts du parti de la ligue démocratique.

Présentation d’Aung San Suu Kyi par notre hôtesse à Inle, militante depuis les débuts du parti de la ligue démocratique.

  • Les jardins flottants sur le lac Inle. Sur des kilomètres, on y voit des plants de tomates qui flottent! La culture hydroponique à son max! Les cultivatrices naviguent, dans leurs barques, à travers les rangs de tomates, pour récolter celles qui sont mûres. D’ailleurs, les salades de tomates vertes étaient délicieuses!
  • Les nombreuses balades à vélo à Bagan. Visiter les 2000 temples qui datent de 1100 à 1500 ans, ça ne peut qu’être impressionnant. Imaginer les gens les construire, mains nues, c’est époustouflant.
En promenade avec M.Pakkoku. Ils nous a fait visiter sa ville en minivan... Avec la clim! Quel bonheur!

En promenade avec M.Pakkoku. Ils nous a fait visiter sa ville en minivan… Avec la clim! Quel bonheur!

  • Les rencontres « provoquées » par ma soeur Elisabeth, venue visiter le pays en mars dernier. Elle avait préparé des petits mots et des photos de gens que Dominic et elle avaient rencontrés et nous leur avons remis. Voir les yeux remplis d’eau de Mme Mya, M.Pakkoku, M. Mme Boat en ouvrant leur enveloppe m’a beaucoup émue. Oui, Elie et Dom, ces gens se souviennent de vous. Et nous avons été bien gâtés, grâce à vous!
Après avoir lu la lettre de ma soeur, Mme Boat nous a apporté thé, papaye (la meilleure, tellement parfaite!), chips... Nous avions l'impression d'être de la famille!

Après avoir lu la lettre de ma soeur, Mme Boat nous a apporté thé, papaye (la meilleure, tellement parfaite!), chips… Nous avions l’impression d’être de la famille!

  • La visite du palais du prince et de la princesse de la province Shan. C’est surtout la découverte de cette histoire si touchante telle que racontée dans le livre Twilight over Burma (écrit par la princesse Shan elle-même, Thusandi, toujours vivante et maintenant aux Etats-Unis) et corroborée par la nièce du prince. Cette dernière a ouvert les portes du palais quelques semaines seulement avant notre passage et s’est donnée comme mission de raconter ce qui est réellement arrivé. Le coup d’état de 1962 a brisé bien des vies. Mais se le faire raconter de vive voix, c’est ce que j’appelle un privilège et un magnifique cadeau de voyage. Je compte bien retrouver ce livre, interdit jusqu’à récemment au Myanmar. Je l’ai donné à Mme Boat, qui était si surprise de savoir que je l’avais. Mais je ne l’avais pas encore terminé! Je le retrouverai…
  • Le regard étonné, amusé, curieux et plutôt positif d’Emma et Théo sur ce pays, sa population et ses habitudes de vie. Lors de leur deuxième journée, ils ont composé une chanson, sur un air funèbre, dont voici les paroles: « On parle de la Birmanie, on parle de la Birmanie, les gens sont très pauvres, dans leur petite maison, les rues sont très saaaales, les trous sont des égouts, les vendeurs passent dans les rues, lalalala… » Par la suite, on a eu droit à toutes sortes de questions. Voici quelques exemples: pourquoi tous les hommes sont en jupe? Pourquoi il y a encore des gens qui entrent dans l’autobus? il n’y a vraiment plus de place… (Y a toujours de la place!) Pourquoi ils jettent leurs vidanges dans la rivière? Pourquoi ils mâchent du bétel si ça leur fait les dents toutes rouges? Pourquoi ils ne faut pas marcher sur l’ombre d’un moine?

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Cocasseries:

  • L’intérêt démesuré des birmans pour Emma et Théo. La réaction de surprise de plusieurs birmans face aux enfants donnait parfois l’impression que certains n’avaient peut-être jamais vu, en personne, un enfant blond aux yeux bleus… Théo s’est même fait demandé si c’était ses vrais cheveux… 😉 et d’autres ont dit à leur parents: « Vite! Dehors! On veut voir les enfants qui sont sortis de la télé! » Des attroupements se formaient régulièrement autour de nous.
Un de nos fan club...

Un de nos fan club…

  • Les bonbons au Red Bull qu’ont reçu Emma et Théo en cadeau. Ils ont reçu toute sorte de cadeaux: colliers, fleurs, peinture de leur animal préféré, fruits et même des bonbons au Red Bull…! Ils ont eux aussi donné des cadeaux mais seulement à ceux qui ne leur pinçaient pas les joues! Ils se sont tellement fait toucher, pincer, flatter et même embrasser… Ils ont été bien patients, parfois exaspérés, mais la plupart du temps souriants et polis. Ils ont appris à s’affirmer davantage en tout cas!
  • Le voyage en bus de nuit… d’une durée de 14 heures! Bien que la description du bus que nous a fait le responsable était: « Express vip tourist bus, with aircon and inclinable seat so you can sleep, very good, very good », il faut savoir que c’était un bus des années 80 de la Chine avec la clim, oui, mais incontrôlable donc on était congelé, avec siège inclinable, oui, mais de 3 cm seulement et avec barre de métal bien sentie dans le dossier en prime! On avait la chance de pouvoir s’accoter le bras sur un géant sac de riz dans l’allée! Ah oui et évidemment sans toilette… Pour moi qui ressentait des signes qu’une tourista débutait, c’était la totale!
  • Céline Dion et Beyonce en karaoke dans le bus, interprétées par des birmans… Je ris encore!
  • Un après-midi et début de soirée sans les enfants. Yé! Un congé parental offert par tantine Maggie, rencontrée à Bagan! Pourquoi est-ce que ce moment est dans les cocasseries et non dans les coups de coeur??? Sean et moi avons voulu contempler le coucher du soleil en amoureux, du haut d’une pagode. Bien installés, qui entend-on arriver soudainement sur NOTRE pagode? et oui! Emma, Théo et Maggie! Je rappelle ici qu’il y a plus de 2000 pagodes à Bagan…
  • La conduite à droite, comme au Canada, mais avec des voitures et des bus qui ont le volant à droite, comme en Angleterre! Les chauffeurs de bus ont donc des acolytes qui regardent constamment du côté gauche si la voie est libre pour dépasser car ils ne voient rien s’ils sont derrière un autre véhicule…
Mme Mya et sa famille, Pakkoku

Mme Mya et sa famille, Pakkoku

  • Les sachets de shampoing. Visiter le Myanmar, c’est prendre contact avec des gens qui vivent vraiment au jour le jour. Comme a dit Sean, Costco n’aurait aucune chance de survie ici. La preuve ultime? Ils achètent leur shampoing en petit sachet pour un usage unique…

Ce séjour auprès d’un peuple qui a pourtant vécu tant d’années sous un régime des plus répressifs m’a vraiment plu. J’ai rencontré des gens longtemps isolés du reste du monde et qui ont personnellement vécu des horreurs. Pourtant, ils semblent si heureux, à ce moment là, de te rencontrer et de partager ce qu’ils ont avec toi. Je me souviendrai toujours de leur sourire et de leur générosité et j’espère bien retourner les voir un jour!

Départ de Mandalay pour Bangkok

Départ de Mandalay pour Bangkok

La vie au Myanmar

Petits novices avec leurs bols à offrandes très tôt à l'aube

Petits novices avec leurs bols à offrandes très tôt à l’aube

Quelques semaines se sont écoulées depuis notre départ du Myanmar. La ponte de cet article a été longue, au début j’étais en deuil. En deuil d’une si belle expérience, d’un endroit où les gens sont particulièrement formidables. Par la suite nous sommes repartis sur d’autres aventures et le temps a passé.

Nous avions convenu d’écrire chacun un article individuel illustrant nos perceptions propres. Emma a été la première à terminer fièrement son texte avec pour seule aide une vérification d’orthographe de Mélanie. Ensuite c’était à Théo de composer ses phrases et publier. Quelle motivation de savoir qu’ils pourraient être lus de tous. C’était beau de voir leur yeux en lisant vos commentaires, merci!

Nous sommes arrivés à Yangon le 2 novembre dans une chaleur étouffante et j’ai immédiatement senti qu’il y avait quelque chose de spécial dans ce pays. Dès l’aéroport on sent un certain calme, l’absence de sollicitation et de gens fonçant tête baissée caractéristique d’un aéroport.

En prenant le taxi, tout de suite on commence à faire d’étranges observations. Tient donc! ils conduisent à droite, pourtant les voitures, tous datant d’une autre époque, ont le volant du mauvais côté? Et bien, en 1974 un général a changé le sens de la circulation sous les conseils de son astrologue, apparemment que la droite lui porterait chance! C’est un peu ça le Myanmar, un grand dépaysement des fois drôle, des fois triste mais tellement intéressant.

Le Myanmar (ou Birmanie selon votre opinion politique) est définitivement un pays sous développé, les gens y sont les plus pauvres de l’Asie du sud-est. Pourtant le pays a d’importantes réserves de ressources naturelles et un climat très propice à l’agriculture. Mais la mauvaise gestion du pays pendant la dictature militaire, la corruption, le contrôle excessif des gens ainsi que les embargos ont limité le développement du pays. En fait le Myanmar ressemble beaucoup aux autres pays de la région il y a 30 ans, comme s’ils étaient tout simplement figés dans le temps. Et pourtant ça n’empêche pas les birmans de pouvoir être heureux.

Si le véhicule roule encore, il peut participer au défilé, peu importe son apparence, l'important c'est de célébrer!

Si le véhicule roule encore, il peut participer au défilé, peu importe son apparence, l’important c’est de célébrer!

C’est certain qu’il y a de la souffrance, beaucoup d’injustice et des conditions de vie difficiles, mais ils demeurent souriants et tellement généreux. Pratiquement à chaque jour Emma et Théo ont reçu de petits cadeaux (une pomme, une orange, un petit souvenir) de gens qui n’avaient que très peu et qui gagnent dans les meilleurs des cas 3 ou 4 dollars par jour.

Nous avons croisé des gens qui ont vu leur maison saisie pendant 7 ans pour y avoir tenu un bureau local pour le parti d’opposition. D’autres dont des membres de la famille ont été emprisonnés et dont certains ne sont jamais revenus. Pourtant, on ne sent pas chez ces gens de rancune. Ils vivent dans le présent et semblent pouvoir apprécier davantage ce qu’aujourd’hui leur apporte que de dépenser leur énergie à chialer contre hier.

Pour les gens du Myanmar, soutenir la famille, bien accueillir quelqu’un chez soit, partager, respecter les autres sont quelques unes des valeurs auxquelles ils adhèrent et qui rend se pays tellement agréable à visiter. Partout nous avons été accueillis comme de la famille éloignée qu’on n’a pas vu depuis très longtemps, de façon très chaleureuse mais avec un grand respect de l’intimité.

S’il y a une chose que j’admire des gens du Myanmar, c’est qu’ils sont près de leurs valeurs et ils les vivent pleinement. Est-ce dû à la religion, à l’absence de richesse matérielle ou à la culture, je ne sais pas, sûrement une combinaison de tout ça. Mais je leur souhaite de continuer ainsi et ce, malgré les changements rapides de développement économique et touristique que vit le pays.

Quand je pense à notre vie de pays développé avec la richesse et l’abondance matérielle, la qualité de vie y est excellente. Et pourtant, on passe beaucoup de temps à être insatisfait du manque de temps pour ses amis et sa famille, à se comparer aux autres, à se sentir obligé d’en faire toujours plus pour en avoir toujours plus.

Je me demande, si on n’a pas oublié quelque chose en se développant?

Ne vous en faites pas, je ne deviendrai pas moine dans un monastère pas plus que que je déménagerai au Myanmar. La vie au Canada est bien trop bonne pour ça. Par contre, vivre pleinement aujourd’hui dans le respect de ses valeurs, quelle belle leçon de vie des gens du Myanmar!